Le carburant d’aviation durable (SAF) est désormais au cœur de la stratégie de décarbonation de l’Union européenne à travers le règlement ambitieux ReFuelEU Aviation. Alors que le secteur aérien entame sa mue, le « Premier rapport technique annuel ReFuelEU Aviation », publié par l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA), dresse un premier bilan transparent basé sur les données de l’exercice 2024. Ce document, qui sert de feuille de route pour le secteur, met en lumière les premiers pas ainsi que les défis logistiques et d’approvisionnement pour atteindre les objectifs contraignants de ce décennie.
1. État des lieux en 2024 : Une dépendance marquée aux importations
Selon les données officielles, la part des carburants d’aviation durables fournis dans l’UE s’est établie à seulement 0,5 % en 2024, ce qui correspond à un volume de 193 kilotonnes. Ce benchmark initial montre que l’essentiel du carburant vert utilisé était constitué de biocarburants classiques, les versions de synthèse (e-carburants) étant totalement absentes des données de départ.
L’analyse de la structure du marché révèle une forte concentration des gisements de matières premières :
- Les huiles de cuisson usagées (UCO) : Elles représentent la part lion avec 81 % des matières premières utilisées.
- Les graisses animales : Elles arrivent en deuxième position, comptant pour 17 % du mix.
Cette concentration pose un défi de souveraineté industrielle majeur : en 2024, 69 % des matières premières nécessaires à la production de SAF au sein de l’Union européenne étaient importées depuis des pays tiers. Pour pallier cette dépendance, l’EASA évoque des modèles théoriques de production locale basés sur la transformation de résidus de biomasse et l’intégration d’autres vecteurs énergétiques, bien que leurs modalités opérationnelles et leurs coûts restent à préciser.
2. La trajectoire ReFuelEU : Des paliers stricts jusqu’en 2030 et 2050
Le texte législatif européen prévoit une montée en charge par paliers successifs pour contraindre l’industrie à accélérer son approvisionnement. Les obligations d’incorporation minimale de SAF sont définies comme suit :
- 2025 : Une obligation d’incorporation fixée à 2 %.
- 2030 : Un palier intermédiaire crucial fixé à 6 %.
- 2050 : Une trajectoire culminant à 70 % d’incorporation obligatoire.
De plus, le cadre EUR-Lex introduit une sous-catégorie spécifique pour les carburants d’aviation de synthèse (synthetic aviation fuels). Le règlement leur impose des parts minimales spécifiques dès 2030, avec une cible moyenne de 1,2 % sur la période biennale 2030-2031.
3. Sécuriser la filière : Le dispositif « Level Playing Field »
Pour garantir des conditions de concurrence équitables au sein du marché intérieur, le cadre ReFuelEU instaure un socle juridique strict appelé « level playing field ». Ce dispositif définit précisément les responsabilités des fournisseurs de carburants et des exploitants d’avions. Il encadre de manière stricte le ravitaillement, les sanctions et les obligations de reporting.
Le dispositif vise notamment à contrer les pratiques de fuel tankering (qui consistent pour une compagnie à emporter un excédent de carburant moins cher depuis un aéroport hors-UE pour éviter de se ravitailler en SAF, plus coûteux, dans l’UE). Le succès de la transition dépendra de la transparence des acteurs. En 2024, le taux de participation était encourageant mais incomplet : 74 % des exploitants d’avions et 67 % des fournisseurs concernés ont transmis leurs données à l’EASA. L’objectif immédiat est d’atteindre un reporting complet à 100 % pour l’exercice 2025 afin de valider la conformité des compagnies à la première échéance légale.
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En conclusion
Le déploiement du carburant d’aviation durable (SAF) au sein de l’Union européenne entre dans une phase opérationnelle décisive. Si l’objectif de 6 % d’incorporation d’ici 2030 est clairement tracé par le règlement ReFuelEU, les données de l’EASA rappellent l’ampleur du défi industriel : le secteur doit multiplier sa production par douze en moins de quatre ans tout en réduisant sa dépendance aux importations de matières premières. Le suivi annuel de l’EASA sera le baromètre indispensable pour vérifier si la réalité du marché parvient à s’aligner sur les ambitions climatiques de l’Europe.
