En France, le secteur des transports constitue le principal émetteur de gaz à effet de serre, concentrant 34 % des émissions nationales avec un volume de 127 millions de tonnes de CO2 en 2023. Si le transport routier génère à lui seul plus de 94 % de ce total, l’aviation et le maritime représentent des gisements d’émissions complexes à traiter. À titre d’illustration, le trafic aérien national comptabilise 4 millions de tonnes de CO2, une empreinte qui s’envole à 22,1 millions de tonnes en intégrant les vols internationaux au départ ou à destination du territoire français.
Pour les déplacements légers du quotidien, l’électrification s’impose comme une réponse mature, particulièrement adaptée aux trajets de moins de 190 km grâce au rendement élevé des moteurs électriques sur un réseau bas carbone. Toutefois, l’autonomie limitée des batteries et leur faible densité énergétique interdisent leur emploi direct sur des navires porte-conteneurs de 200 000 tonnes ou des avions long-courriers de 500 tonnes. Face à cette contrainte physique, le maintien d’une alimentation par carburants liquides à haute densité énergétique demeure la seule alternative viable.
Pour réduire l’empreinte environnementale du secteur aérien, l’Union européenne a instauré le règlement ReFuelEU Aviation, qui fixe des trajectoires d’incorporation progressives de carburants d’aviation durables (SAF – Sustainable Aviation Fuels). La législation impose aux fournisseurs de distribuer une part minimale de 6 % de SAF dès 2030, un taux d’incorporation qui devra atteindre 70 % d’ici 2050. Ces carburants durables regroupent les e-fuels de synthèse issus d’électricité décarbonée et les biocarburants issus de la photosynthèse.
L’objectif d’un biocarburant durable réside dans sa capacité à capter le CO2 atmosphérique via la croissance végétale pour restituer ce même carbone lors de la combustion, évitant ainsi l’injection de carbone fossile dans l’atmosphère. Cependant, la fabrication d’un combustible liquide concentré exige des apports d’énergie majeurs pour transformer la matière organique. Le bilan environnemental réel d’un biocarburant dépend donc de son EROI (Energy Return on Investment), mesurant le rapport entre l’énergie produite et l’énergie consommée tout au long du cycle de vie.
Les biocarburants de première génération (ou agrocarburants) sont issus de cultures alimentaires comme le maïs, la canne à sucre, le colza ou le tournesol. Malgré une production mondiale ayant atteint 100 milliards de litres dès 2010, ces carburants ne couvraient alors que 0,6 % des énergies renouvelables mondiales. De surcroît, le rendement énergétique EROI de cette filière fluctue fortement selon les procédés et les zones géographiques, s’échelonnant de 1 à 4 pour le biodiesel de tournesol et de 2 à 8 pour le bioéthanol de canne à sucre.
L’impact environnemental des agrocarburants s’avère particulièrement controversé en raison du changement d’affectation des sols et des pressions exercées sur les ressources en eau et la sécurité alimentaire globale. Dès 2011, environ 21 % de la production mondiale de sucre et 11 % des huiles végétales ont été détournés vers les carburants, provoquant des corrélations directes avec l’envolée des prix alimentaires.
Pour lever ces verrous éthiques et agronomiques, la deuxième génération de biocarburants s’est orientée vers la valorisation de matières premières non alimentaires, telles que les résidus lignocellulosiques, la paille, les copeaux de bois et les déchets organiques. Ce modèle favorise l’économie circulaire en transformant des sous-produits forestiers et agricoles.
Toutefois, la structure moléculaire complexe de la lignocellulose oppose une grande résistance physique et chimique aux procédés de dégradation. La complexité des procédés de conversion thermique ou enzymatique alourdit le coût d’extraction, limitant jusqu’à présent le déploiement industriel massif de ces carburants à grande échelle.
La troisième génération de biocarburants repose sur l’exploitation de micro-organismes photosynthétiques autotrophes : les microalgues marines. En mobilisant l’énergie solaire, le CO2 et des nutriments minéraux, ces micro-organismes fabriquent rapidement une biomasse riche en lipides. Leur productivité surfacique s’avère 10 à 30 fois supérieure à celle des plantes terrestres traditionnelles comme le maïs.
L’atout majeur des microalgues réside dans l’absence totale de compétition avec l’agriculture alimentaire. Cultivées dans des photobioréacteurs fermés ou des bassins ouverts à circulation (raceways), elles ne requièrent aucune terre arable ni eau douce consommable. De plus, leur métabolisme permet de les associer à des projets d’épuration des effluents ou de captage industriel du carbone.
| Génération de Biocarburant | Matières premières utilisées | Concurrence alimentaire / Foncier | Productivité surfacique | Ratio EROI & Facteurs de complexité |
| 1re Génération (Agrocarburants) | Maïs, canne à sucre, colza, tournesol | Très élevée (Concurrence directe sur les terres agricoles) | Faible (Cultures terrestres classiques) | EROI de 1 à 8 selon les filières |
| 2e Génération (Lignocellulosique) | Paille, copeaux de bois, résidus forestiers, déchets | Faible à nulle (Valorisation de sous-produits et déchets) | Moyenne (Dépend des gisements de biomasse) | Procédés complexes de décomposition de la lignine |
| 3e Génération (Microalgues) | Micro-organismes photosynthétiques marines | Nulle (Bassins et photobioréacteurs hors sol) | 10 à 30 fois supérieure au maïs | Enjeux d’extraction, d’assèchement et de séchage |
Le passage de l’échelle du laboratoire à l’exploitation commerciale à grande échelle impose de résoudre de complexes défis opérationnels pour maintenir un EROI positif. L’ingénierie des procédés doit réduire l’énergie consommée par les pompes, les roues à aubes des bassins et les systèmes de régulation thermique. La récolte et la déshydratation de la biomasse représentent également des étapes énergivores. La technologie de liquéfaction hydrothermale offre une voie prometteuse en transformant la biomasse encore humide sous haute pression et haute température en biohuile, avant hydrotraitement.
Pour garantir la viabilité environnementale du procédé, les installations doivent être alimentées en CO2 biogénique non issu des énergies fossiles et réutiliser en boucle fermée l’eau ainsi que les nutriments résiduels (azote et phosphore). Le positionnement géographique des sites de culture exige un ensoleillement fort, des surfaces plates et la proximité d’émetteurs de CO2 concentré.
L’Europe soutient ces avancées technologiques à travers des programmes de recherche majeurs comme COCPIT et SUNFUSION. En France, ces travaux s’appuient sur l’expertise de la plateforme AlgoSolis et du laboratoire GEPEA (Nantes Université / IUT de Saint-Nazaire), avec l’implication de chercheurs comme Pierre Albrand, lauréat du programme PULSAR (2023-2025) soutenu par la Région Pays de la Loire. Ces projets transversaux réunissent des dizaines de partenaires européens pour valider les modèles technico-économiques des carburants de 3e génération.
Biocarburants Aéronautiques e-SAF & Microalgues (3e Génération)
ReFuelEU Aviation • Liquéfaction Hydrothermale (HTL) • AlgoSolisAnalyse comparative des filières biocarburants, trajectoires réglementaires de décarbonation aérienne et R&D microalgues
Face aux contraintes de densité énergétique des avions long-courriers et navires (interdisant les batteries directes)[cite: 1], le règlement européen ReFuelEU Aviation impose 6 % de SAF dès 2030 et 70 % en 2050[cite: 1]. Alors que la 1re génération d’agrocarburants provoque des tensions éthiques et alimentaires[cite: 1] et que la 2e génération fait face à la résistance moléculaire de la lignocellulose[cite: 1], la 3e génération à base de microalgues marines s’impose comme la solution d’avenir[cite: 1]. Offrant une productivité surfacique 10 à 30 fois supérieure au maïs sans aucune compétition avec les terres arables ni l’eau douce[cite: 1], elle ouvre la voie à un carburant d’aviation durable rentable grâce au couplage avec la liquéfaction hydrothermale (HTL)[cite: 1].
Zéro Concurrence Foncier / Eau
Culture hors-sol en photobioréacteurs ou raceways utilisant de l’eau de mer et des efficiences surfaciques hors normes[cite: 1].
Liquéfaction Hydrothermale (HTL)
Conversion directe de la biomasse humide sous haute pression/température en biohuile sans étape d’assèchement énergivore[cite: 1].
Captage CO₂ & Économie Circulaire
Fixation directe des fumées industrielles de CO₂ et réutilisation des nutriments (azote/phosphore) en boucle fermée[cite: 1].
| Génération de Biocarburant | Matières Premières Utilisées | Concurrence Alimentaire / Foncier | Productivité Surfacique | Ratio EROI & Complexité |
|---|---|---|---|---|
| 1re Génération (Agrocarburants) | Maïs, canne à sucre, colza, tournesol[cite: 1] | Très élevée (Concurrence directe sur terres arables)[cite: 1] | Faible (Cultures terrestres classiques)[cite: 1] | EROI de 1 à 8 selon les filières[cite: 1] |
| 2e Génération (Lignocellulose) | Paille, copeaux de bois, résidus forestiers, déchets[cite: 1] | Faible à nulle (Sous-produits et déchets)[cite: 1] | Moyenne (Dépend des gisements de biomasse)[cite: 1] | Procédés complexes de décomposition de la lignine[cite: 1] |
| 3e Génération (Microalgues) | Micro-organismes photosynthétiques marines[cite: 1] | Nulle (Bassins et photobioréacteurs hors sol)[cite: 1] | 10 à 30 fois supérieure au maïs[cite: 1] | Enjeux de séchage / Voie prometteuse par liquéfaction HTL[cite: 1] |
| Secteur / Réglementation | Volume Émissions / Cible | Périmètre & Part Nationale |
|---|---|---|
| Secteur Transports France Total | 127 Millions de tonnes CO₂ (2023)[cite: 1] | 34 % des émissions nationales (1er secteur émetteur)[cite: 1] |
| Transport Routier | > 94 % des émissions transports[cite: 1] | Réponse mature par électrification directe (<190 km)[cite: 1] |
| Trafic Aérien International FR | 22,1 Millions de tonnes CO₂[cite: 1] | Empreinte vols au départ ou à destination du territoire[cite: 1] |
| Trafic Aérien National FR | 4,0 Millions de tonnes CO₂[cite: 1] | Vols intérieurs métropolitains et régionaux[cite: 1] |
| ReFuelEU Aviation (Mandat 2030) | 6 % d’incorporation SAF minimale[cite: 1] | Règlement UE obligatoire pour fournisseurs de carburants[cite: 1] |
| ReFuelEU Aviation (Mandat 2050) | 70 % d’incorporation SAF minimale[cite: 1] | Cible e-fuels de synthèse et biocarburants durables[cite: 1] |
Culture Photosynthétique (Raceways / Photobioréacteurs)
Mobilisation du rayonnement solaire, d’eau de mer et injection de CO₂ biogénique ou industriel résiduel pour la croissance rapide des microalgues[cite: 1].
Récolte & Concentration de Biomasse
Optimisation de l’ingénierie des pompes et des systèmes de séparation pour concentrer la biomasse humide en réduisant la consommation d’énergie[cite: 1].
Liquéfaction Hydrothermale (HTL)
Traitement sous haute pression et température de la pâte humide d’algues, convertissant directement la matière en biohuile brute haute densité[cite: 1].
Hydrotraitement & Affinage e-SAF
Mise aux normes aéronautiques Drop-in du carburant et recyclage en boucle fermée de l’eau et des nutriments (azote/phosphore)[cite: 1].
Projets Européens COCPIT & SUNFUSION
Programmes de recherche internationaux visant à valider la viabilité technico-économique de la filière algale 3e génération[cite: 1].
Plateforme AlgoSolis & Labo GEPEA
Centre d’expertise R&D (Nantes Université / IUT de Saint-Nazaire) spécialisé dans le passage à l’échelle industrielle[cite: 1].
Programme PULSAR (2023-2025)
Soutenu par la Région Pays de la Loire, porté par le chercheur Pierre Albrand pour la souveraineté des e-fuels[cite: 1].
L’industrialisation des biocarburants à base de microalgues constitue un enjeu d’indépendance énergétique majeure pour la souveraineté des transports européens.
Les avancées sur la liquéfaction hydrothermale et le recyclage des nutriments permettront-elles de produire du carburant d’aviation durable à base d’algues à un coût abordable d’ici l’échéance ReFuelEU de 2030 ?


