Le verdissement des flottes automobiles professionnelles s’accompagne d’un durcissement réglementaire majeur imposé aux propriétaires et exploitants d’immeubles tertiaires et industriels. La loi d’Orientation des Mobilités (LOM), complétée par la loi Climat et Résilience, contraint les entreprises à équiper les parkings réservés à leurs salariés et visiteurs d’Infrastructures de Recharge pour Véhicules Électriques (IRVE). Alors que les échéances légales sont désormais pleinement en vigueur, de nombreuses organisations accusent un retard préjudiciable sur leur calendrier de mise en conformité.
Cette obligation légale ne concerne pas uniquement les grandes firmes ou les sièges sociaux flambant neufs. Les petites et moyennes entreprises disposant de parcs de stationnement privés sont tout autant ciblées par des quotas stricts d’équipement et de pré-équipement. Faire l’impasse sur cette transformation réglementaire expose l’entreprise à des risques d’audit, mais nuit également à son image de marque auprès de collaborateurs de plus en plus nombreux à rouler en véhicule 100 % électrique.
Le périmètre d’application de la loi LOM varie selon la date de délivrance du permis de construire du bâtiment et le nombre total de places de stationnement. Pour tous les bâtiments non résidentiels existants disposant d’un parking de plus de 20 emplacements, la loi impose l’installation d’au moins un point de recharge par tranche de 20 places, soit un ratio minimal de 5 % de la capacité totale du parc.
Pour les parcs de stationnement de grande capacité dépassant 200 emplacements, les exigences se renforcent avec l’obligation de réserver au moins 10 % des places à la recharge électrique. De plus, la réglementation exige l’aménagement d’au moins un emplacement spécialement adapté et réservé aux Personnes à Mobilité Réduite (PMR) dès lors que le parking compte plus de 20 places, afin de garantir une accessibilité universelle aux bornes.
La distinction entre les bâtiments neufs (ou faisant l’objet d’une rénovation lourde) et le parc immobilier existant réside principalement dans la notion de pré-équipement. Pour les constructions neuves dont la demande de permis de construire a été déposée après le 1er mars 2021, les constructeurs doivent pré-équiper au moins 20 % des emplacements (soit 1 place sur 5) et installer effectivement au moins une borne de recharge utilisable dès la livraison.
Le pré-équipement implique la pose de conduits de câbles, de chemins de câbles et de réservations électriques dimensionnées au Tableau Général Basse Tension (TGBT) pour accueillir ultérieurement des points de charge sans réaliser de nouveaux gros travaux de voirie. Dans le cas des bâtiments existants, la loi impose d’installer directement des bornes opérationnelles, ce qui nécessite souvent un audit électrique approfondi et des adaptations de puissance souscrite auprès d’Enedis.
Mettre aux normes le parking de son entreprise représente un investissement financier non négligeable, incluant l’achat des bornes, les travaux de génie civil et le raccordement électrique. Le coût d’installation d’un point de charge AC de 11 kW ou 22 kW varie généralement entre 2 000 € et 5 000 € par borne selon la complexité du site et la distance avec le TGBT.
Pour alléger cette dépense, les entreprises peuvent solliciter les aides du programme national ADVENIR, financé par les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE). Ce dispositif prend en charge jusqu’à 20 % à 50 % du coût de fourniture et de pose des bornes selon leur destination (flotte d’entreprise, véhicules des salariés ou ouverture au public). La prime est toutefois conditionnée au recours obligatoire à un électricien certifié IRVE et à l’installation d’un système de pilotage énergétique intelligent.
La réussite d’un projet de déploiement d’IRVE en entreprise repose sur une planification méthodique garantissant la pérennité technique des installations.
- Auditer la capacité du TGBT : Faire analyser la puissance souscrite et l’espace disponible dans l’armoire électrique par un bureau d’études spécialisé.
- Sélectionner un installateur qualifié IRVE : Exiger la qualification obligatoire délivrée par Qualifelec ou AFNOR pour garantir la conformité et débloquer les primes ADVENIR.
- Déployer un système de gestion dynamique de la charge (EMS) : Lisser la puissance distribuée aux véhicules pour éviter les pics de consommation et le dépassement d’abonnement Enedis.
- Définir la politique d’accès et de facturation : Choisir entre la gratuité offerte aux collaborateurs ou l’intégration d’un opérateur de supervision pour refacturer l’électricité aux usagers.
Tableau récapitulatif : Obligations d’équipement IRVE selon la loi LOM
| Type de bâtiment non résidentiel | Seuil de places de parking | Obligation de pré-équipement | Obligation de bornes opérationnelles |
|---|---|---|---|
| Existant (Permis < mars 2021) | Plus de 20 emplacements | Non obligatoire rétroactivement | 5 % des places (1 borne / 20 places minimum) |
| Existant (Permis < mars 2021) | Plus de 200 emplacements | Non obligatoire rétroactivement | 10 % des places réservées à la recharge |
| Neuf ou rénovation lourde (Permis > mars 2021) | De 10 à 20 emplacements | 100 % des places pré-équipées | Au moins 1 point de charge opérationnel |
| Neuf ou rénovation lourde (Permis > mars 2021) | Plus de 20 emplacements | 20 % des places (1 place sur 5) | Au moins 1 point de charge fonctionnel d’emblée |
Si la loi LOM impose des contraintes budgétaires et techniques immédiates, l’équipement des parkings d’entreprise dépasse le cadre de la simple conformité administrative. À l’heure où les critères RSE orientent les choix des investisseurs et où les zones à faibles émissions (ZFE) se généralisent, la mise à disposition de bornes de recharge devient un véritable argument de fidélisation des talents. Les entreprises sauront-elles transformer cette contrainte réglementaire en un levier d’attractivité et de performance énergétique globale ?


